jeudi 19 mai 2011

Une fausse-couche à 12 semaines.

J'ai toujours souhaité avoir des enfants d'âges rapprochés. Idéalement de 18 / 24 mois d'écart environ. La loupiotte est née en 2008, j'aurais aimé lui donner un petit frère ou une petite soeur en 2010, pour qu'il n'y ait qu'une classe d'écart à l'école.

Mon mari a toujours été au courant de cette envie et, même s'il n'est pas du genre à se projeter autant que moi, il était OK. On avait donc plus au moins prévu de retenter le coup pendant l'été 2009, soit un peu avant le 1er anniversaire de la loupiotte.
Or, au début de l'été 2009, mon mari s'est un peu défilé. Il m'a confié préférer attendre un peu avant de retenter l'aventure. J'ai donc décidé, en même temps je n'avais pas vraiment le choix, de prendre mon mal en patience. Les semaines défilaient, je lorgnais sur tous les nourrissons et femmes enceintes que je voyais, mais petit à petit je me faisais à la raison que 2010 ne serait pas l'année où notre 2ème bébé verrait le jour...

Et puis en février 2010, mon mari me fit comprendre qu'il était prêt (et sans que je le bassine avec ça sans arrêt, parce que bon vous me connaissez maintenant....). Cette décision venait de lui et j'en étais d'autant plus heureuse! Et pour une fois, je décidais de ne pas me prendre la tête avec ça. Qui plus est j'étais assez rassurée, car je n'avais pas repris de contraceptif et depuis le retour de couches mes cycles étaient on ne peut plus réguliers!

Et puis mi-mars je me suis rendue compte que j'avais du retard: 1ère fois depuis le retour de couches.
Et un matin une très grosse fringale comme ça, tout d'un coup.
Je n'osais pas vraiment y croire. Est-ce que ça aurait pu marcher comme ça, aussi vite, dès le 1er cycle? Au bout de quelques jours je fis, fébrilement, un test de grossesse, et le résultat était là sous nos yeux incrédules: POSITIF.
Je n'en revenais pas que tout ait pu se passer aussi facilement, presque en claquant des doigts. Finalement 2010 allait bien être l'année de notre 2ème bébé, puisque la naissance devrait être prévue pour fin novembre. Pour une fois quelque chose que je "planifiais" se réalisait (oui parce que j'ai toujours la très mauvaise habitude d'essayer de planifier le moindre projet et ça ne se passe JAMAIS comme prévu... je sais que ça ne sert à rien, j'essaie de m'en défaire, mais je n'y arrive pas!).

Les jours qui suivirent j'étais dans une sorte de parenthèse enchantée, comme l'impression d'être dans une période où tout me réussissait. J'étais tellement heureuse. C'en était presque irréel.

Nous avions décidé, comme pour la loupiotte, de ne dévoiler cette grossesse qu'après l'échographie des 12 semaines et ça m'allait très bien, j'aimais porter en moi ce petit secret! Mais c'était quand même long d'attendre cette échographie. Je comptais les jours.



Et puis voici enfin le jour de l'écho. Un mercredi, veille de l'ascension. Pour une fois mon mari peut être présent, nous allons donc faire cette découverte ensemble, c'est super!

Comme à chaque fois, dans la salle d'attente, je suis fébrile et j'ai les mains qui tremblotent. L'échographiste nous fait entrer dans la salle, je m'installe, il pose la sonde sur mon ventre. Je me souviens qu'à ce stade, la loupiotte avait déjà l'allure d'un bébé, là nous apercevons juste une sorte de petit haricot. On ne voit pas très bien. Je me dis simplement que l'écho abdominale ne va pas suffire et qu'il va falloir faire une écho pelvienne, comme pour la loupiotte. Mais l'échographiste ne dit rien. Il bouge la sonde dans tous les sens sur mon ventre, c'est tout. Et puis, très timidement, sur un ton  embarrassé, il nous dit "malheureusement il n'y a plus d'activité cardiaque, vous faites une fausse-couche, je suis vraiment désolé". D'après les mesures ça ferait 2 à 3 semaines que tout s'est arrêté. Sur le coup je suis abasourdie, je ne réalise pas et je réponds juste un "Ah?" étonné. Tout me semble si irréel, tout à coup j'ai l'impression de flotter. Mon mari me serre la main. Le médecin m'explique que l'expulsion peut se faire naturellement, mais qu'à ce stade il y a quand même un gros risque d'hémorragie, et que par conséquent il préconise une aspiration. Je peux prendre RDV tout de suite, dans cet hôpital, pour une intervention la semaine suivante, ou bien attendre de voir mon gynéco, qui consulte dans un autre hôpital de la ville. J'encaisse ses paroles tout en étant ailleurs et je lui dis préférer la 2ème option. Mon gynéco je le connais et il me connait. Je me sentirais mieux de savoir que c'est lui qui s'occupe de moi, je sais que je ne serai pas une patiente lambda et ça, ça me réconforte un peu.

L'échographiste quitte la salle, mon mari me serre dans ses bras et là les larmes se mettent à couler sur mes joues. Je pleure sans réaliser. Je n'arrive pas à comprendre que ce bonheur vient d'être stoppé net. En sortant j'arrive à joindre mon gynéco, in extremis. Le jeudi est férié, le vendredi son planning est déjà surchargé, il me dit de venir le lundi suivant à la 1ère heure.
Nous reprenons la voiture pour aller cherche la loupiotte à la crèche. En nous voyant arriver elle court vers nous en nous tendant les bras. Je ne pourrai jamais décrire ce que j'ai ressenti à ce moment-là. L'expression toute faite quand on dit d'un enfant qu'il est notre rayon de soleil a pris tout son sens à cet instant précis. Je m'en voulais presque d'être triste, car nous avions déjà tellement de chance de l'avoir elle! Rien qu'en la voyant si souriante de nous retrouver, je n'ai presque plus de peine.

Le soir même, par chance, notre groupe de copains vient dîner chez nous. Les avoir avec nous me permet de ne pas cogiter et de passer une bonne soirée.

Les jours suivants sont assez étranges, puisque la journée j'encaisse très bien le coup en me disant qu'il vaut mieux que la FC se produise à ce stade et non plus tard, que ce n'était encore qu'un tout petit embryon, que ce n'est que partie remise, et le soir je me prends des coups de cafards terribles, pendant lesquels j'ai l'impression que tout s'écroule.

Le samedi et le dimanche sont un peu plus difficiles, puisque c'est là qu'on avait prévu d'annoncer la bonne nouvelle à nos parents. A leur question "quoi de neuf?", nous n'avons rien à leur répondre, alors que normalement on avait de quoi provoquer une effusion de joie.

Le lundi mon gynéco me confirme qu'il est préférable de pratiquer une aspiration. Il me dit qu'elle aura lieu le mercredi matin sous anesthésie générale. Je suis contente et rassurée d'avoir pu en parler avec lui, mais surtout d'avoir une date pour l'intervention. Parce que là je me sens en suspend, vide, je ne peux pas aller de l'avant tant que cet embryon est au creux de moi. J'arrive à prendre la nouvelle avec philosophie. Je préviens mon chef. Il est très humain et compréhensif, je préfère lui dire la vérité.

Le mardi soir je me retrouve seule avec la loupiotte parce que mon mari est à son entraînement de foot. Qu'est-ce que je lui en ai voulu d'y être allé (et je lui en veux encore). Je n'ai pas osé lui dire que je préfèrais qu'il reste et comme je n'ai pas l'air si peinée que ça, je crois qu'il pense que je n'ai pas besoin de lui. Mais au moment de coucher la loupiotte, une vague de tristesse s'empare de moi et je me mords les lèvres pour contenir mes larmes. Je sers très fort et longuement la loupiotte contre moi. Je me dis que c'est la dernière fois que j'ai mes 2 bébés avec moi et dans la foulée je m'en veux d'avoir pensé ça. Ce n'est pas un bébé que j'ai dans le ventre, juste un embryon, et il ne faut pas que je voie ça autrement. Après avoir embrassé ma loupiotte une dernière fois, je prépare mes affaires pour le lendemain et je glisse une photo d'elle dans mon sac.

Le mercredi je me lève aux aurores pour me rendre à la clinique. Je n'ai pas le droit de me maquiller, ni de mettre de crème, ni de porter de bijoux, mais moi, je ne sais pas pourquoi, j'ai envie de me faire belle pour y aller. Nous n'avons qu'une seule voiture et mon mari en a besoin. Je dois donc prendre le 1er bus. C'est fou ce qu'il y a comme monde dans le bus si tôt le matin.

J'arrive à la clinique avant 7 heures. Une infirmière très gentille s'occupe de moi. Je suis comme un coq en pâte. Un peu avant 9 heures l'anesthésiste vient me chercher. C'est le même qui m'avait fait la péridurale pour la loupiotte. Pendant qu'il pousse mon brancard dans ce labyrinthe il me parle, plaisante, me rassure. Et dans le bloc il continue à plaisanter, tout en me demandant comment je me sens. L'infirmière est tout aussi adorable. Mon gynéco arrive et lui aussi s'emploie à me mettre à l'aise. Vous ne pouvez pas savoir combien j'ai apprécié leur humanité. A ce moment-là je n'ai pas l'impression d'être une patiente parmi tant d'autres, mais Aggie. Je ne me plains pas, je ne leur dis pas que je suis inquiète, et pourtant ils sont aux petits soins avec moi, comme si je vivais quelque chose de très grave. J'en suis presque gênée.

L'intervention s'est bien passée, le réveil également, je n'ai pas eu mal. Pour la suite, une autre infirmière s'occupe de moi et elle est du même bois que les précédents. Elle a même pris la peine de téléphoner une 1ère fois à mon mari pour l'informer que tout s'était bien passé. Après avoir revu mon gynéco qui me confirme qu'il n'y a pas eu de souci, elle prévient mon mari qu'il peut venir me chercher. Il est 13h. Je suis en arrêt maladie pour 2 jours.

J'appréhende un peu ces 2 journées. Mais finalement elles passent vite. Sauf que le soir même de l'intervention, un ami de fac m'appelle pour m'annoncer que sa femme est enceinte! Le pauvre il ne pouvait vraiment pas plus mal tomber! En plus il insiste bien sur le fait qu'ils avaient attendu l'écho des 12 Sa pour le dire "parce qu'on ne sait jamais" et cerise sur le gâteau, il me dit que sa femme a eu beaucoup de mal à accepter cette grossesse, car c'était un peu trop tôt pour eux (à l'époque ils venaient de changer de région et elle cherchait un emploi). Chacune de ses paroles me donne un coup au coeur, mais je ne laisse rien transparaitre. Finalement après avoir raccroché, je réalise que cette conversation ne me chamboule pas plus que ça.

Les jours suivants je me sens bien, j'ai digéré cette fausse-couche, je suis impatiente de pouvoir recommencer les essais et de passer à autre chose. Et je reste dans cet état d'esprit pendant plusieurs semaines. Ceci dit je prends en grippe toutes les femmes enceintes que je croise, dont la maman d'une copine de crèche de la loupiotte. J'ai découvert sa grossesse quelques jours après l'aspiration et comme fait exprès, alors que d'ordinaire je la croise rarement, là je vais la croiser tous les jours, jusqu'à son accouchement.... en novembre!! C'est très bête, elle n'y est pour rien, mais c'est plus fort que moi!

Puis le retour de couches arrive, puis le 1er cycle, puis le 2ème, je commence à appréhender. On est en septembre et j'ai peur de ne toujours pas être enceinte en novembre, mois pendant lequel j'aurais dû accoucher. Mais finalement septembre sera le bon. Je tombe enceinte peu après le 2ème anniversaire de la loupiotte. Ca y est une nouvelle aventure commence, je me dis que tout ça c'est de l'histoire ancienne.

Mais non, lorsque novembre arrive tout surgit à nouveau, je ne fais que penser à cette fausse-couche. Je m'en veux, parce que je suis en train de couver un autre bonheur et c'est à lui que je dois penser. Petit à petit je retrouve mon état d'esprit positif et je me promets de me focaliser sur cette nouvelle grossesse.

Si j'ai eu envie d'en parler aujourd'hui, c'est parce que cette aspiration a eu lieu il y a 1 an jour pour jour. Et franchement à l'époque, je ne me doutais pas qu'un an plus tard, qui plus est en étant à quelques jours d'accoucher, j'aurais toujours ce petit pincement au coeur en y repensant. Je me croyais beaucoup plus forte que ça. J'imaginais avoir plus de facilité à passer à autre chose. D'un côté j'arrive très bien à relativiser, d'autant plus que certaines personnes de notre entourage ont vécu bien pire comme des FC très tardives ou la perte d'un bébé, mais régulièrement cette histoire me revient, notamment aux dates "anniversaire". Je n'aurais jamais cru être encore affectée un an plus tard...

Peut-être que lorsque notre biscotte sera là, ça sera plus facile de mettre tout ça de côté?

6 commentaires:

  1. Je suis désolé ça doit etre dure ce que tu as vécu. Je pense qu'on espere toujours que ce genre de chose ne nous arrive pas...mais comme tu le dit il vallait mieux tot que tard quand le bébé aurait déjà été formé...Beaucoup de femme ont du mal a s'en remettre et n'oubli jamais...

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  2. madamezazaofmars19 mai 2011 à 09:25

    Ca fait 3 ans pour moi, un peu le même scenario que toi, et j' y pense toujours, cen' est sans doute pas un mal, ça nous fait avancer même si c'est dur

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  3. C'est un témoignage super touchant. Je n'ai pas vécu de fausse couche alors je ne peux qu'imaginer ce que c'est à travers ton histoire, et ça m'a fait pleurer.
    Je pense que ce genre d'expériences, on les porte en soi, elles ne s'effacent pas, on ne les oublie pas mais on vit avec. Elles nous apprennent quelque chose sur nous, et nous aident probablement à mieux apprécier ce qu'on a.
    J'espère que tu ne culpabilises pas d'y repenser, cela me paraît naturel, ça fait partie de ton vécu, et ce n'est pas parce que c'est derrière toi que tu n'as pas le droit d'en souffrir encore parfois.

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  4. Je comprends ce que tu as pu ressentir car même si je ne l'ai jamais vécu personnellement ce que tu racontes correspond au scénario des pires cauchemars qui ont accompagné les premiers mois de mes grossesses...
    Même si c'est difficile, je crois qu'il est important de garder à l'esprit que la nature est bien faite, qu'elle a empêché la venue au monde d'un enfant très très mal formé et qu'elle t'a épargné d'avoir à faire ce choix toi-même... je sais que c'est un peu bizarre de le dire comme ça mais je crois que tu peux être reconnaissante à ton corps d'avoir aussi bien fonctionné...!

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  5. Bon, bah je pleure...et j'ai envie de te dire que c'est parfaitement normal, ce pincement au coeur, cette tristesse...que tu la garderas toujours quelque part au fond de toi, même si tu ris, même si tu as beaucoup de chance d'avoir ta lupiotte et ce bébé qui arrive...ce petit être en devenir qui n'était pas assez fort pour continuer sa route fera aussi partie de toi, pour toujours...

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  6. Merci pour vos messages les filles, je me demandais si il y aurait beaucoup de courageuses pour lire un billet aussi long!

    Anaïs: oui c'était un stade encore précoce, c'était mieux comme ça. Je pensais simplement pouvoir digérer tout ça plus facilement.

    Madame Zaza: désolée de lire que tu as connu ça aussi. Effectivement je me demande si on arrive à passer outre un jour...

    Vaallos: merci. Non je ne culpabilise pas vraiment. Mais parfois quand je vois la chance que j'ai, je me dis que c'est dommage de focaliser encore là-dessus.

    Mme Déjantée: c'est vrai que ça ne ressort pas dans mon billet, mais c'est ce que je pense. On en a parlé longuement avec mon gynéco. C'est ce qu'il en est ressorti: la nature est bien faite et elle a fait son devoir. Les analyses ont montré qu'il y avait eu une anomalie chromosomique.
    Quelqu'un de proche a appris à plus de 6 mois de grossesse que son enfant ne serait pas viable et a dû subir une IMG. J'ai eu de la chance que ça se produise tôt et surtout qu'il n'y ait déjà plus d'activité cardiaque (parce que le voir bouger à l'écran et entendre dire qu'il faut tout arrêter, parce qu'il ne sera pas viable ou aura de lourdes séquelles, ça doit être tout bonnement horrible).

    Maman bavarde: merci! Ca me touche tout ça!!!

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