mercredi 19 octobre 2011

Massage chinois (bavardages de nanas)

Il y a quelques années nous avons effectué un court séjour dans le coin de Pekin.

C’était un voyage organisé et on était un peu frustrés : on quittait l’hôtel à 8h pour y revenir à 21h et pendant tout ce temps-là on se déplaçait en groupe, on mangeait en groupe, on râlait en groupe. Bref, on n’avait pas de temps  pour  voir ce qu’on voulait.
Il y a juste le soir qu’on parvenait à visiter un peu le coin par nous-mêmes et à entrer en contact avec des Chinois.

Et puis un soir nous avons repéré une enseigne indiquant des mots « massage » « body » « feet ». L’immeuble était un peu glauque, les horaires indiquaient que c’était ouvert de 22h à 4h, et il y avait un tas de trucs incompréhensibles car écrits en chinois. Mais c’est pas ça qui allait nous arrêter. On avait drôlement envie d’y aller.

Nous sommes retournés à l’hôtel prévenir Gisèle et Monique, les mamies avec qui  nous avions sympathisé, qu’on avait trouvé un institut de massage. Super emballée Gisèle est venue avec nous. Sa sœur avait moyen envie. Elle a donc préféré rester à l’hôtel tout en  rigolant « et pis comme ça s’il vous arrive quelque chose, je pourrais appeler la police ».

Nous sommes donc partis tous les 3 vers l’immeuble glauque. Là comme si ce n’était déjà pas assez lugubre comme ça, on s’est rendu compte que c’était au sous-sol que ça se passait et qu’on y accédait par un escalier encore plus flippant que l’immeuble lui-même. Mais faut pas croire, on est des routards nous, c’est pas ça qui nous fait reculer !

En bas, nous avons poussé une porte toute sale qui s’est ouverte…. sur un hall tout clean ! où nous attendait une bande de jeunes Chinois souriants. (ouf !) (oui je suis une routarde mais ça ne m’empêche pas d’avoir un peu les chocottes).

On leur a parlé. Ils n’ont rien compris, mais à grand renfort de mimes et d’onomatopées on a réussi à communiquer. Pis de toutes façons ils devaient bien se douter qu’on venait pour un massage.

Après avoir échangé plein de « OK » « Ah OK » « Sié sié OK » un gars a pris son téléphone et 3 nanas en jogging rose ont débarqué.
Elles nous ont emmenés dans un long couloir et la 1ère est partie avec mon homme dans une salle tout au fond à gauche. Là 2ème avec Gisèle à l’opposé et la 3ème m’a fait entrer dans une salle au milieu du couloir.

Quand elle a ouvert cette porte j’ai failli m’évanouir et partir en courant (oui les 2). La pièce était encore plus glauque que tout le reste (à se demander ce que le hall tout clean foutait là). Mais alors un glauque inimaginable. Un vieux papier peint vert tout défraîchi. Un soupirail tout petit, agrémenté d’un rideau tout délavé. Un sol où j’osais pas trop mettre mes pieds, encore dans leurs chaussures, tant il avait l’air crado. Et pour seuls meubles un vieux fauteuil en tissu et un lit métallique à barreaux.

Mais pas seulement des barreaux en tête et pied de lit.
Des barreaux aussi AU-DESSUS du lit.
Une sorte de cage, quoi.

Là je me suis sentie moyen à l’aise. Non mais sérieusement qu’est-ce qu’il foutait là ce lit avec des barreaux partout ?
Pendant que je tergiversais « barre-toi d’ici tout de suite »/ « sois pas idiote, il ne va rien t’arriver de louche », la nana m’a apporté une sorte de vieux pyjama gris.
J’étais encore moins à l’aise. D’un coup je me suis vue comme une prisonnière de guantanamo, mais en version grise.
Puis elle a tourné le verrou de la porte.
Coup de stress. Gisèle et moi on allait finir dans un réseau de traite des blanches, c’était sûr, et mon homme au fond d’un caniveau.
Elle me fit comprendre que je devais mettre ce pyjama et quitta la pièce. J’ai eu une énorme envie d’en profiter pour me faire la malle, mais bloquée dans mes hésitations, je me suis résignée à rester là et à enfiler le pyjama.

Puis ma geôlière est revenue avec un sac plastique, pour m’étouffer probablement, a fermé à nouveau le verrou, et m’a demandé de m’allonger sur le lit tout miteux A BARREAUX.
Pendant que 1000 questions se bousculaient dans ma tête, elle s’est assise sur le vieux fauteuil et a sorti quelque chose du sac. Je ne voyais pas bien ce que c’était, mais c’était forcément un truc pour me faire du mal. Elle s’est approchée de moi pour me montrer ce qu’elle avait dans les mains : une paire de bas. Voilà c’était ça, elle allait m’étrangler avec une paire de bas. Là je me suis dit que c’était vraiment bête de finir ainsi. Et puis je ne sais pas pourquoi elle me montrait leur carton d’emballage avec insistance, comme pour me signifier qu’ils étaient neufs. J’avais envie d’hurler que propres ou sales je m’en fichais, du moment que je ne souffre pas trop longtemps. Puis elle est repartie s’asseoir pour mettre les bas.

Là j’étais perdue, elle allait m’étrangler avec ses pieds, mais elles ne voulaient pas laisser d’empreintes. C’était ça ?? Je m’en voulais d’être tombée dans un tel guet-apens. Pourtant un immeuble glauque et un institut ouvert seulement pendant la nuit, ça aurait dû nous mettre la puce à l’oreille, non ?. J’avais quand même le petit espoir que Monique alerte les autorités et qu’on nous retrouve à temps.
C’est alors qu’elle s’est levée, s’est approchée du lit et est montée dessus DEBOUT, s’agrippant aux barreaux.

????

Elle était là, debout au-dessus de moi, sous mes yeux à la fois ébahis et plein d’effroi. Et elle a commencé à me marcher dessus.

C’est là que j’ai compris. J’ai compris pourquoi il y avait des barreaux au-dessus du lit. Pourquoi elle avait tant insisté pour que je comprenne que les bas étaient neufs. Et pourquoi il y avait plein de dessins de pieds sur l’enseigne et dans le hall tout clean.
C’est parce qu’elle allait me masser avec ses pieds !

J’ai alors éclaté de rire. De soulagement, de la cocasserie de la situation, mais aussi parce que je me sentais ridicule d’avoir imaginé tout ça. Elle a ri aussi.

A la fin de la séance, j'ai retrouvé Giséle et mon homme, dans le hall tout clean. On s'est regardé sans parler et nous sommes partis tous les 3 dans un mémorable fou-rire. Tellement communicatif que la bande de jeune chinois en a fait autant.

Au cours de ce voyage nous avons eu la chance de parcourir la grande muraille et de visiter la Cité Interdite, mais c'est ce souvenir-là qui m'est le plus cher!


C'était ma contribution aux bavardages de nanas de cette semaine.

2 commentaires:

  1. whaou, la flippe!!!! tu m'étonnes que tu aies eu peur!!! On est allées dans un centre de massage à Prague avec les copines...et pareil, on s'est fait des films, on ne comprenait rien...ce qui est con, puisque lors d'un massage, finalement, on n'a pas besoin de comprendre grand chose!!! Mais alors, le massage avec les pieds, c'est le pied, ou pas???!

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  2. oh pinaise! ça fait une sacrée histoire à raconter! j'adore ton imagination galop débordante! ;o) moi je me serai évadée de trouille après avoir fait pipi dans le pyjama gris! ;o)

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