mardi 15 janvier 2013

Jamais je ne me moquerai de toi

"Maman, dis, tu ne te moqueras pas de moi si je n'arrive pas à faire ce que tu me demandes, hein?"

"Mais ma loupiotte jamais je ne me moquerai de toi."

"Promis?"

"Promis!"

Ta maladresse enfantine peut m'amuser, m'attendrir, parfois m'agacer. Mais jamais je ne me moquerai de toi.

Pourquoi? Parce que petite j'en ai trop souffert moi-même.

Petite, on ne me laissait rien passer.

La moindre petite faille, le moindre petit manquement étaient pointés du doigt.

Chacune de mes erreurs, chacune de mes petites bêtises, et pourtant qu'est-ce que j'étais sage et déjà responsable toute petite, étaient montées en épingle et tournées en dérision.

"Attends tu ne sais pas ce qu'elle a ENCORE fait Aggie? " et on racontait tout, devant moi, comme si je n'étais pas là, et on rigolait. On rigolait aux dépens de cette pauvre Aggie qui n'était vraiment pas débrouillarde.

Une partie de ma famille, des amis de la famille, tous s'en donnaient à coeur joie.

A tel point que je n'osais plus rien faire. Finissant par me convaincre moi-même que j'étais trop maladroite, trop peu dégourdie. Je stressais à chaque fois qu'on me demandait de faire quelque chose, persuadée que je n'allais pas y arriver et qu'on allait encore se moquer de moi.

Il n'y avait qu'à l'école, au sport ou avec mes copines que je me sentais en confiance. Parce que là on ne se moquait pas de moi.

Pourquoi? Parce que là j'étais à la hauteur des autres de mon âge. Pas plus maladroite que mes camarades.

Parce qu'en fait, ce qu'on me reprochait dans ma famille, on peut le reprocher à chaque enfant en apprentissage. Mais ils étaient tellement exigeants et si peu objectifs à mon sujet qu'ils ne se rendaient pas compte que ma supposée gaucherie était tout à fait normale pour une enfant. Un manque d'expérience ou de connaissance tout simplement.

Et je me rends compte, maintenant, que j'étais loin de l'image qu'ils se plaisaient à me donner. J'étais sportive, adroite, j'avais toujours plus d'un tour dans mon sac. Mais je ne le réalisais pas.

Aujourd'hui je passe, à leurs yeux, pour celle à qui on ne peut rien dire. C'est tout simplement parce que je ne supporte plus aucune critique de leur part, je ne leur laisse plus de place.

J'ai eu tellement de mal à me défaire de cette image qu'ils me donnaient de moi, j'ai perdu tellement de temps, je suis passée à côté de tellement de choses par crainte de mal faire, à cause de quelques phrases qui étaient censées faire rire, que jamais je ne te ferai connaître cela. J'en étais même arrivée à ne pas vouloir avoir de fille, par peur de me revoir petite.

Plus tard tu auras peut-être (sûrement?) de la rancoeur ou des griefs envers moi sur certains sujets, mais, ma loupiotte, je te fais la promesse que ce ne sera jamais à cause de ça.

Jamais je ne moquerai de toi.





10 commentaires:

  1. Oh, tiens, j'ai l'impression que tu parles de moi ! Sauf pour le sport où je n'étais pas très douée ( mais, je me suis vengée et depuis il y a même des périodes où je pratique le sport à outrance). Bref, comme toi, je me suis promise d'être bien plus tolérante avec mes enfants que ne l'ont été mes parents et ça fait du bien.

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    1. Au moins nous avons conscience de ne pas répéter les mêmes erreurs.

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  2. j'avais plutot l impression d etre transparente pour mes parents et les autres enfants à l ecole j' étais plutot moquerie (trop comme ci pas assez comme ca) alors oui aujourdh'ui je dis aussi à mes enfants "jamais je ne me moquerais de vous!"

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    1. Se sentir transparent doit être tout aussi difficile à vivre...

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  3. Petite, je n'intéressais pas mon père trop occupé à écouter de la musique ou à pianoter sur son ordinateur... Plus grande, je ne l'intéressais pas plus. Je me disais: "J'suis aussi nulle que ça pour qu'il ne me voit pas??". Heureusement j'avais une maman très présente, qui m'a tout donnée. Mais j'ai gardé longtemps les séquelles de cette attitude paternelle: un gros manque de confiance en moi... Je comprends les souffrances que tu as du endurer. Ma fille de 14 ans et très maladroite, a 2 mains gauches comme on dit, elle est comme ça et je l'aime comme ça! Kisses.

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    1. Heureusement que ta mère était là. C'est dur de se dire qu'on est nulle parce qu'on ne s'intéresse pas à nous et ça doit laisser des séquelles.

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  4. Réponses
    1. Pour certains sujets non ils ne sont vraiment pas au top (et n'imaginent même pas les répercussions de leur attitude). Mais pour d'autres choses ils sont vraiment super...

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  5. Et cela me parle tellement... Et ces appellations diablement négatives, répétées encore et encore à un enfant... Un article au chaud dans mes brouillons recoupe fortement le tien.

    Bravo pour cet article Dame Aggie ! :)

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    1. J'ai hâte de lire le tien! C'est dingue de constater que nous sommes aussi nombreux à avoir connu ça, malheureusement.

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