mercredi 5 novembre 2014

Etre mère c’est se prendre la culpabilité de plein fouet


Elle peut venir dès l’accouchement quand on donne naissance à un bébé prématuré.
Elle peut s’installer dès les 1eres heures, quand on se rend compte qu’on n’est pas tombée immédiatement folle de son enfant.
Ou quand on se retrouve perdue, démunie, face à ce bébé.

Quand une puéricultrice de la maternité vous fait remarquer que vous ne faites pas les gestes correctement ou en tout cas pas de la façon dont elle a décidé.
Quand vous n’allaitez pas et qu’on vous rabâche que le lait maternel est ce qu’il y a de mieux pour l’enfant.
Quand vous allaitez et qu’on vous reproche de créer un lien trop fusionnel.

Quand vous craquez parce qu’il pleure.
Quand il pleure parce que quelque chose le gêne et que vous ne savez pas comment le soulager.

C’est aussi savoir que parfois on ne fait pas comme il faut, ou comme il faudrait.


Elle peut venir aussi du fait que les gens auront toujours un conseil à vous donner. « Il pleure c’est parce qu’il a froid, TU ne l’as pas assez couvert. » « C’est parce qu’il a chaud, TU l’as trop couvert » « C’est parce qu’il a faim, TU n’as peut-être pas assez de lait » « C’est parce qu’il a sommeil, TU devrais le coucher » « C’est parce qu’il est mal installé, TU devrais le mettre dans la poussette plutôt que dans l’écharpe ».




C’est culpabiliser de ne pas lui consacrer assez de temps.
C’est culpabiliser de ne plus lui consacrer autant de temps qu’avant, à l’arrivée d’un petit frère ou d’une petite sœur.
C’est culpabiliser de lui consacrer moins de temps qu'à notre aîné à sa naissance.
C’est s’en vouloir d’avoir un enfant unique, d’ailleurs il y aura toujours quelqu’un pour vous faire remarquer que c’est dommage de le priver de la chance d’avoir un frère ou une sœur.

C’est aussi se sentir coupable quand son enfant souffre d’un handicap ou d’une grave maladie. S’en vouloir de ne pouvoir rien y changer. S’en vouloir de ne pas souffrir à sa place.

C’est aussi culpabiliser de ne pas lui offrir une vie plus riche, plus facile.

C’est éprouver quelques remords quand on part en week-end ou en vacances sans son enfant.



C’est aussi quand on part travailler et qu’on le laisse à la crèche ou chez une nounou. Et surtout quand on travaille à temps complet.
Quand on entend l’instit plaindre les gamins qui font le tiercé gagnant: periscolaire du matin / cantine / periscolaire du soir et se dire que les siens en font partie.
C’est justement aller récupérer son enfant au periscolaire et réaliser que c’est le dernier.
C’est entendre « j’ai arrêté de travailler pour élever mes enfants » sous –entendu qu’une mère qui travaille n’élève pas les siens.
Et quand on a arrêté de travailler, c’est s’entendre dire qu’on est TROP avec eux.
Le matin c'est devoir prendre sur soi et les réveiller alors qu'ils dorment si profondément.

C'est aussi les grands-parents qui trouvent qu'ils ne les voient pas assez.

La culpabilité vient parfois du dessin animé qu’on lui laisser regarder, pour avoir un peu de temps libre. Ou des lignes de l'histoire du soir qu'on "oublie" de lire.

C’est aussi crier trop fort. Mais aussi laisser faire parce qu’on n’a pas envie de batailler.


Etre mère c’est devoir réussir à faire face à toute cette culpabilité qu’on s’impose et qu’on nous impose. 

Et ça nous n’y sommes jamais assez bien préparées…

***

Le mercredi c'est "Etre mère" chez Babidji


6 commentaires:

  1. Heureusement que ce n'est pas que ça ;) mais c'est clair qu'il y a toujours une bonne âme pour nous faire culpabiliser d'un truc ou l'autre...

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  2. C'est bien vrai et j'y repensais justement tout à l'heure en le déposant à l'école et en me disant que je ne le revoyais plus avant demain matin... :(

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  3. ton post est juste génial parce que je crois qu'il résume parfaitement bien toutes les situations que nous vivons au quotidien et qui nous montrent à quel point on est vulnérables face à nos émotions, face aux reflexions des autres ... bref c'est dur d'être maman ... l'hypersensibilité exacerbée ! et puis simplement parce qu'on veut toujours être la meilleure des mamans ! merci pur ce bel article si déculpabilisant !!!

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  4. @Fedora: c'est ce qui m'avait frappé, en étant jeune maman, c'est qu'il y a toujours quelqu'un qui sait ce que tu dois faire. Et forcément c'est toujours toi qui a mal fait quelque chose... alors quand on est encore blindée d'hormones, et de ce fait qu'on n'a pas le recul nécessaire, on prend tout à coeur...

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  5. @QuotidiendeMaman: oui ce genre de situation c'est typiquement ce qui provoque de la culpabilité. Et souvent les enfants le vivent bien alors qu'on s'inquiète...

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  6. @Babidji: Merci! J'espère que les jeunes mamans qui tomberont sur cet article verront que c'est un sentiment très connu quand on vient d'avoir un bébé et que ça leur permettra de prendre de la distance envers cette foutue culpabilité.

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