mercredi 20 mai 2015

De l'avantage d'être tombée dans les haricots du potager

Lundi à 6h20, comme chaque jour de la semaine, l’alarme de mon portable a retenti pour me réveiller.
A 6h30 la sonnerie de mon portable a retenti pour m’assommer : mes parents m’appelaient pour me dire que ma grand-mère était décédée durant la nuit.

2 semaines jour pour jour après celle de mon mari.
Est-ce que c’est ça que l’on appelle l’ironie du sort ?

Elle aussi avait 89 ans. Et on a beau se dire que 89 ans c’est un bel âge pour partir et que c’est dans l’ordre des choses, malgré tout c’est quand même difficile à réaliser.

D’autant plus difficile que le dimanche précédent j’utilisai Skype pour la 1ere fois de ma vie (oui) pour discuter avec elle.  [Alors qu’elle avait déjà Skypé plus d’une fois avec mes cousins.] [Ma grand-mère n’était pas une geek, elle skypait en compagnie de mon oncle]

Et donc ce dimanche-là nous avons fait un skype parce que ma Loupiotte avait une grande nouvelle à annoncer : l’après-midi même elle avait réussi à faire du vélo sans les petites roues !

Et jeudi, comme c’était un jour férié, nous en avons profité pour lui rendre visite. J’ai passé 2 heures à papoter avec elle, notamment de son enfance. Elle m’a parlé du jour où, avec sa mère et sa sœur, un matelas roulé sous le bras, elles sont parties se réfugier à l’autre bout de la France à cause de la guerre. Et de ces gens, parfaitement inconnus, qui les avaient accueillies sans rien attendre en retour et dont ma grand-mère m’a dit qu’elle leur serait à jamais reconnaissante.
Et puis nous avons parlé aussi de sujets plus gais et nous sommes notamment revenues sur les prouesses cyclistes de ma Loupiotte.

Source


Et ma grand-mère n’a pas pu s’empêcher de raconter la fameuse anecdote qui se rapporte à mon apprentissage du vélo:
Le jour où j’ai réussi à faire du vélo sans les petites roues j’étais en vacances chez eux. Je faisais des va-et-vient plus ou moins laborieux dans la longue allée de leur jardin, sous les encouragements de mes grands-parents. C’est là que la petite-fille de la voisine, en vacances elle-aussi, est apparue dans le jardin mitoyen.
« Ouhouh Sandra !! regarde je sais faire du vélo !!! » et boum me voilà allongée dans le potager au milieu des pieds de haricots.
Tout le monde a ri de bon cœur, sauf moi qui étais vexée comme un pou.

A l’époque je m’en étais voulu d’avoir été si gourdiche, mais aujourd’hui je suis heureuse de cette prouesse surtout depuis que j’ai réalisée que c’était une des dernières choses dont on avait parlées ma grand-mère et moi. Et heureuse aussi parce que 30 ans plus tard, 3 jours avant de nous quitter, elle avait encore ri de bon cœur en la racontant à mes filles.

Elle va énormément me manquer, j'ai tant de souvenirs avec elle que j'ai du mal à réaliser que nous n'en créerons plus d'autres.

Désolée d'être peu présente sur la blogosphère, je reviens très vite.



mercredi 13 mai 2015

Chez nous même les enterrements sont folklo (avec des clous de girofle, des baleines et Garcimore)

J'ai souvent l'impression de vivre des situations qui ressemblent à du grand n’importe quoi.
La grand-mère de mon mari a été enterrée la semaine dernière et même-là j’ai eu l’impression de vivre un sketch. 


Source


La veille :

Mon mari « ma sœur a choisi les musiques pour l’église…. Ça va être folklo… elle a choisi « le paradis blanc » de Michel Berger. »
« Pourquoi folklo ? parce que ça parle de manchots et de la banquise ? »
« Surtout parce que ça commence par le cri des baleines… »

Ecoute du CD… effectivement on entend bien les baleines. Très bien même.

[Vous saviez, vous, que le cri des baleines ça ressemble vaguement à des miaulements ?]

« ah non ça va pas être possible le cri des baleines ! »
« ouais c’est bien ce que je me disais »

Comme j’ai toujours un plan B j’ai proposé :
« Si tu veux quand la chanson commencera je simulerai une grosse quinte de toux pour que les gens n’entendent pas les baleines. »
« ahahah… mais non c’est bon je vais bidouiller ça »

Alors il a bidouillé pour couper les baleines … sans succès.
« Euh Aggie tu crois que tu arriveras à tousser suffisamment fort ? »

Finalement il a réussi à enlever les cris des baleines et à enregistrer la chanson sur une clé USB.

[note à mes amis chanteurs : prévoyez des versions « neutres » de vos chansons, des fois qu’elles soient choisies pour un enterrement. Merci]


La veille toujours :

Moi « et tu mets quelle chemise demain ? Celle avec les clous de girofle ?»
« ??? Ma chemise avec des clous de girofle ??? »
« Mais oui la blanche qui va bien avec ton costume »
« Aggie je n’ai jamais eu de chemise avec des clous de girofle. D’ailleurs QUI porte des chemises avec des clous de girofle ???... Tu veux dire des boutons de manchette ? Non je mettrai la bleue».


Non mais sérieusement ça ressemble, non???




Le jour J, le matin :

Après avoir déposé les enfants à l’école en tenue « civile » nous revoici à la maison pour nous préparer.
Enfin c’est-à-dire que moi je me prépare, tandis que lui est assis sur le tapis du salon, café à la main devant le téléshopping.

15 minutes avant de partir. 
« Chiotte, la chemise que je voulais mettre est au sale. Tant pis je vais mettre la brune. »
« Ah non pas la brune, elle est moche ! Pourquoi tu ne mets pas celle avec les clous de girofle ? »
« BOUTONS DE MANCHETTE !!! Aggie, j’espère sérieusement que tu ne dis à personne que je porte des chemises à clous de girofle ???? »
Heureusement une autre chemise bleue attendait sagement dans le dressing.


A la maison de retraite pour la mise en bière :

Tous en rang d’oignon devant le cercueil de la grand-mère pour un dernier recueillement avant que les gens des pompes funèbres ne viennent le fermer.

Belle-maman chuchote quelque chose à voix basse à son mari.
J’entends qu’elle parle « photo », « est-ce que ça se fait ? ».
Il me semble comprendre qu’elle aimerait prendre une dernière photo de sa mère. Mon sang se glace. En même temps c’est le moment où jamais. Je ne voudrais pas qu’elle regrette. Mais bon c’est quand même étrange. J'espère sincèrement avoir mal compris

Je me risque :« Vous aimeriez prendre une dernière photo de votre mère ? »
« Oui mais je ne sais pas si ça se fait. Et puis je n’ai pas pris mon appareil photo »

[Ah donc oui c’était bien ça. Qu'est-ce que je fais maintenant? C'est quand même glauque non? Mais je ne me le pardonnerai pas si belle-maman le regrette plus tard]

« On peut en prendre avec un téléphone »
« Oh ben je veux bien. »
Par chance mon tél est resté dans la voiture.
Celui de mon mari aussi.
Ma belle-sœur, tendant son portable vers son frère « prenez le mien, mais c’est pas moi qui prend la photo ».
Mon mari « ah non moi non plus, je ne fais pas ça!!. »
Mon beau-frère se met à regarder le plafond…

Bon ben devinez qui s’y colle ???

J’espère que belle-maman se rend compte du dévouement de sa belle-fille.
Je m’approche de la grand-mère et… oh mon dieu… mais que suis-je en train de faire-là ? J’essaie de ne pas trop réfléchir à la situation. Mais je me demande quand même ce que la mamie penserait, surtout qu’elle n’aimait pas être prise en photo..

Pour détendre l’atmosphère j’aurais presque envie de dire « Cheeeeeeese ! » mais je m’abstiens.

Je me dépêche de prendre une photo, puis une 2ème. Ca n'a pas l'air terrible, je vais essayer une 3ème pour être cert.. arghhhh ça toque à la porte et je fais un bond en arrière, planquant le téléphone comme une voleuse. Ce qui prouve bien que j'ai l'impression de faire quelque chose d'interdit

C’est le gars des pompes funèbres qui vient fermer le cercueil… et qui en profite pour nous dire qu’à l’église ça ne sera pas possible de passer la musique sur clé USB… il faut un CD.

Cool mon mari a pensé à prendre son CD de Michel Berger….mais il y a le cri des baleines dessus….
« tousse » me chuchote-t-il avec la voix de Garcimore…

On sort.

Belle-maman, qui a sûrement compris que je suis son meilleur soutien pour ses idées les plus tordues, me confie qu’elle n’a pas pensé à acheter des roses à jeter sur le cercueil au cimetière.
Qu’à cela ne tienne, j’y cours.

« je prends quoi ? des roses ? une couleur en particulier ? combien ? »
« Oui des roses. Prends-en des jaunes c’était sa couleur de fleurs préférée »
Ma belle-sœur tend l’oreille : « prends-en une blanche pour moi !! »

[Attendez je vais tout noter sur une feuille, comme quand on commande des pizzas ! non mais ohhhh !!!]

Finalement c’est avec un mari et une belle-maman que je me rends chez le fleuriste qui doit livrer les fleurs à l’église pour acheter les roses. On prend ce qui reste comme roses jaunes, on complète avec des orangées et donc UNE blanche.

Belle-maman qui faisait bonne figure jusque-là commence à être perdue. Elle ne sait plus si c’est eux qui livrent les fleurs, si c’est elle qui doit les emmener… la fleuriste la rassure.


Le jour J, à l'église :

Finalement ça n’est pas possible de passer la musique dans l’église. Les pompes funèbres passent donc « le paradis blanc » depuis le corbillard [oui il y a un auto-radio dans les corbillards, chose à laquelle je n’avais jamais pensé]. Autant vous dire que le brouhaha de la rue a bien caché les cris des baleines et que je n’ai pas eu besoin de tousser.

La cérémonie s’est déroulée sans anecdotes, si ce n’est le téléphone de quelqu’un qui a sonné. Ahhhhh la petite musique SFR qui retentit en plein recueillement…. Les personnes qui ne pensent pas à éteindre leur portable lors d’un enterrement, ne devraient pas avoir le droit d’en posséder un. [c’était la pensée du jour]

C’est à la sortie, alors que les gens des PF commençaient à mettre le cercueil dans le corbillard, avec la 2ème chanson choisie par ma belle-sœur (une chanson des prêtres) qu’il s’est passé quelque chose d’inattendu.

Un homme à vélo, habillé en cycliste, est venu se poster contre le corbillard. Mais genre bien accoudé contre le véhicule. Et ça n’avait pas l’air de le gêner. Les gens des pompes funèbres non plus. J’ai même cru à un moment que c’était l’un des leurs. La seule différence est qu’il portait un maillot Festina alors que les autres étaient tirés à quatre épingles.
La portière à côté de laquelle il se tenait était ouverte et au bout de quelques minutes (la chanson était interminable) il s’y est engouffré pour l’éteindre.
Personne n’a rien dit ! Normal….

Ensuite tout s'est passé à peu près normalement, si ce n'est que beau-papa conduit comme un c.... super mal et que les 40 km de petite route sinueuse jusqu'au cimetière paraissaient interminables 

J'écris cet article sur le ton de l'humour, mais bien entendu l'émotion était là. J'ai d'ailleurs été particulièrement touchée par une dame que je ne connaissais pas et qui est venue me parler à la sortie de l'église. Malgré leurs 30 ans d'écart c'était une amie de la grand-mère de mon mari et j'avais un peu entendu parler d'elle. Par contre elle savait beaucoup de choses à mon sujet, puisque la grand-mère lui parlait souvent de moi. Je savais qu'elle m'appréciait (un jour elle m'a même dit qu'elle aurait souhaité une petite-fille comme moi <3), mais cette dame me l'a chaleureusement confirmé et ça m'a particulièrement touchée.

mercredi 6 mai 2015

Au revoir....

Elle est partie.


Finalement nous n'aurons pas eu à nous casser la tête trop longtemps pour savoir si c'était mieux que nos filles aillent voir leur arrière-grand-mère une dernière fois ou non.

Le dernier souvenir qu'elles garderont d'elle est l'image de leur arrière-grand-mère souriante, s'apprêtant à rejoindre la salle à manger de la maison de retraite pour le dîner de Noël.

Plus j'y pense et plus je me dis que c'est inattendu de finir sur cette image, tant il a toujours été rare de la voir sourire.


La loupiotte a été un peu triste.
La biscotte a été un peu triste de voir sa grande soeur un peu triste.


Une page se tourne.



mardi 5 mai 2015

Cette amie qui me donne des ailes

J’ai déjà parlé, à plusieurs reprises (faut dire qu’il y a beaucoup de choses à dire), de ma bande de copains bras cassés.
Aujourd’hui c’est d’une autre copine dont je souhaitais vous parler : Miss Catastrophe.

Miss Catastrophe c’est un cataclysme à elle toute seule, une révolution, un volcan en éruption permanente, une pagaille ambulante. La reine des gaffes.
Mais c’est surtout une nana pleine d’énergie positive, un moulin à paroles et à idées, une machine que rien n’arrête, qui retourne sa maladresse pour en faire un tremplin d’ingéniosité.

Elle en a rien à secouer des codes, d’être à la mode, du qu’en-dira-t’on.

Elle suit ses envies.
Toujours surprenante. Toujours là où on ne l’attend pas. Et puis tout devient évident. Evidemment qu’elle devait être là, évidemment qu’elle devait faire ça.

Miss Catastrophe c’est la nana qui a vécu 100 vies. En France. A l’étranger. Dans un hameau de 30 habitants. Dans une mégapole. Dans une ferme SANS salle de bain.

Qui a vécu 8 ans avec un homme et puis qui s’est mariée avec un autre au bout d’1.5 an.

Miss Catastrophe c’est un poème à elle toute seule.

Ceux qui me disent que je ne fais rien comme tout le monde ne connaissent pas Miss Catastrophe.

Source



Mais surtout pour miss Catastrophe rien n’est impossible.


Plus de sous pour emmener les enfants en vacances ? Elle sort la toile de tente et toute la famille campe dans le jardin pendant 3 nuits.

Elle se fait virer de son boulot d’ingénieur ? 4 semaines plus tard la voilà enseignante.

Elle a envie de faire à nouveau un peu de sport ? Pouf elle passe le 3ème dan de ceinture noire de judo.

Ses enfants ont une petite maison de jardin mais rêvent d’une cabane dans les arbres ? Elle récupère une palette, achète des plots en bois, une petite poulie, mesure, coupe, scie, ponce, cloue… et hop voilà la petite maison qui se retrouve sur pilotis, à 1 mètre du sol, juste à côté du lilas en fleurs.


Miss Catastrophe c’est ma bouffée d’oxygène.

Quand j’ai passé un peu de temps avec elle, je repars gonflée à bloc.
Avec cette conviction que pour moi aussi tout est possible....