mardi 9 février 2016

Dépasser du cadre



J’ai toujours voulu me fondre dans la masse, être comme tout le monde, mais à chaque tentative je sors du cadre.

Déjà enfant, je n’y arrivais pas. J’ai toujours été grande et j’ai donc toujours dépassé mes camarades d’une tête. Il a fallu attendre le lycée  pour que je me sente moins hors norme.
Et comme si ça ne suffisait pas j’ai eu de l’acné bien avant les autres (mais j’en ai été débarrassée plus tôt aussi).
Je ne rentrais pas dans le moule non plus avec ma famille pas comme les autres et surtout mon frère pas comme les autres. Pas d’insouciance, une atmosphère de plomb à la maison et pas de vacances. Je me souviens du prof de SVT au collège qui, le dernier jour de classe, demandait à chacun où il partait. J’étais la seule à rester là et quand mon tour est arrivé j’aurais voulu me terrer dans un trou de souris. Pas par honte de ne pas aller en vacances, mais parce qu’à 13 ans on ne veut pas être la seule à être différente.

Puis j’ai fait des études. Des études où il y a très peu de filles. Nous devions être 15 sur 140. Et on se demandait souvent ce que je faisais là cette grande blonde aux cheveux longs (moi aussi d’ailleurs) (mais ça n’a pas empêché de passer des années géniales, j’ai adoré la période étudiante).
D’ailleurs à ce sujet j’ai été convoqué par le proviseur de mon lycée, j’étais la seule terminale dans ce cas. Parce qu’il avait été interpellé par mon choix d’études et il se demandait si j’étais bien consciente d’où j’allais mettre les pieds. (en fait non je n’en étais pas consciente, coucou le conseiller d’orientation incompétent).


Source

Malgré toute ma bonne volonté, j’ai toujours fait différemment des autres.
Combien de fois ai-je entendu « et forcément il y en a une qui n’a pas fait comme les autres : Aggie » ? Je n’en sais rien.
Celle qui passe par un autre raisonnement pour résoudre un problème, qui comprend une histoire différemment, qui apporte des arguments inattendus dans un texte à expliquer, c’est moi.


Ma vie résumée en une photo. (Source)
 
Mais je suis aussi celle à qui il arrive toujours des choses insensées.
Mes copains mes charriaient souvent à ce sujet. Une fois il y en a un qui m’a dit en riant « mais c’est pas possible, tu vis dans une BD ou quoi ?!! »  Ce n’est pas de ma faute, c’est toujours comme ça.

Parlons des petits boulots. Qui a été embauché pour coller des affiches de Chippendales ou pour être tortues-sitter ? hein ? Ben voilà. Promis ce n’est pas moi qui suis allée chercher les jobs les plus fantaisistes qui existent, ce sont eux qui sont venus à moi.

Qui a été harcelée (gentiment, heureusement) par un prétendant étrange qui faisait des choses bizarres pour attirer son attention ? Moi.

Qui a été harcelée (au téléphone et gentiment encore une fois) par un étudiant persuadé que j’étais celle qu’il avait aimée quelques années plus tôt ? On avait le même prénom et le même nom passe-partout. Même mon mari n’arrivait pas à le convaincre que je n’étais pas celle qu’il recherchait.

Et des histoires rocambolesques, j’en ai à la pelle.

Les bébés ? Pareil ! La Loupiotte est née avec un mois d’avance, mais déjà tout plein de cheveux. A la maternité elle avait été emmenée à la nurserie pour un examen, quand nous sommes allés la rechercher, seule chevelue parmi un tas de bébés chauves, mon mari m’a regardée et m’a dit « quand on s’est rencontrés, tu m’avais prévenu que tu ne faisais rien comme tout le monde… je ne pensais pas que ça irait jusque-là ».
Et la pédiatre, la 1ere fois qu’elle l’a vue, s’est marrée.
A la crèche, lors de la visite préalable, la directrice m’a dit «  c’est la 1ere fois de ma carrière que je dis ça, mais faudra couper les cheveux de votre Loupiotte, car les barrettes et les élastiques sont interdits dans la section des bébés ». A 2 mois (et donc à 1 mois réel, si elle était née à terme) je devais déjà lui attacher les cheveux pour qu’ils ne lui tombent pas dans les yeux.

J’ai l’impression que plus je me cantonne à être comme tout le monde, plus je dépasse du cadre.

Et c’est encore le cas dans mon travail.
Dès que j'ai été embauchée, je me suis fait remarquer sans faire exprès. Tous les jeunes embauchés que nous étions devions rédiger un rapport sur ce qui nous avait étonnés depuis notre arrivée. Le directeur m'a convoquée dans son bureau. Apparemment je n'avais pas été étonnée par les mêmes choses que les autres, et cela l'intéressait qu'on en discute.

15 ans plus tard, je suis toujours dans la même entreprise, mais mon CV ne ressemble plus à grand-chose, mon parcours est atypique (tiens donc!). On vient encore de me dire que je ne rentre dans aucune case. Ca tombe bien je ne me sens pas bien dans les cases, j'y étouffe.

Alors autant maintenant j'assume ma différence, autant ça devient compliqué au niveau professionnel.

C’est grave docteur ??

Et vous, vous rentrez dans les cases?

10 commentaires:

  1. C'est sûr que ça ne doit pas être évident tous les jours, mais c'est sûrement une grande force, tu as d'ailleurs l'air de le prendre comme ça, non ? Ce sont les personnes comme toi qui ouvrent le champs des possibles !

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    1. Je le prends assez bien, mais c'est parfois compliqué. J'en suis à point où j'ai touché un peu à tout, mais je ne maîtrise rien. Et ça, ça m'embête un peu...

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  2. Je trouve ça très bien de ne pas rentrer dans les cases ! il y a beaucoup trop de cases ! A bas les cases ! ;)

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  3. Quel parcours atypique mais, après tout, tant que cela ne te porte préjudice, l'originalité, c'est bien aussi.

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    1. Disons que parfois un peu de classicisme c'est pas mal non plus!

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  4. Moi je trouve ça super de ne pas rentrer dans les cases. Mais parfois, fatigant et compliqué non? Je n'ai pas le même parcours que toi mais je n'ai pas non plus l'impression de rentrer dans les cases.
    Je suis tombée sur une image qui m'a beaucoup fait rire qui dit "A force de vouloir rentrer dans le moule, on finit par ressembler à une tarte", etre hors du moule, c'est donc cool :-)

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    1. Pas mal cette citation, et vraie en plus!!
      Tu as bien résumé, c'est sympa mais souvent fatigant et compliqué ;-)

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  5. Je ne me suis jamais posée la question de savoir si j'entrais dans les cases ou non ;)
    Ta façon différente d'être, de penser est ta force.
    Même un CV atypique a toujours quelque chose d'intéressant. Tu peux en sortir des points forts, même si tu ne maîtrises pas.

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    1. Je ne me pose pas la question non plus, parce que ça a toujours été évident.
      Je regrette surtout le fait de ne maîtriser aucun sujet. Par exemple savoir jouer d'un instrument, avoir atteint un bon niveau en sport, être calée en astronomie ou en jardinage... J'ai toujours papillonné d'un sujet à un autre et pour mon boulot aussi. ;-)

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